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Le brouillard se levait à peine dans cette aube matinale.
Il était resté debout contre le carreau de la fenêtre. Toute la
nuit. Il y avait dix ans maintenant que tout ceci s’était
passé. Pourtant, il s’en souvenait comme si c’était
hier. Un flot de souvenirs le submergea telle une vague déferlante
et il s’y noya comme il le faisait tous les ans. Souvenirs
heureux. Souvenirs déchirants. Juste un peu de bonheur, lui qui en
avait connu si peu…
Cela faisait déjà vingt ans qu’il
errait sur cette Terre sans aucun but. Son enfance, il
l’avait passée à voir ses parents se disputer. Il avait connu
un divorce qui l’avait longtemps meurtri. Son adolescence
avait été marquée par la disparition d’un être cher et il ne
s’en était jamais remis. Un accident de voiture avait fait
basculer sa vie. Il
haïssait la vie pour ce qu’elle lui donnait. Il haïssait la
mort pour ce qu’elle lui prenait. Juste entre deux
rives, sans réussir à trouver un juste milieu. Années après années
et toujours la même question : Pourquoi moi ? Il
n’attendait rien de la vie comme il n’attendait rien du
trépas. Du moins, c’est ce qu’il croyait…
jusqu’à ce qu’il la
rencontre…
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Elle était entrée dans sa vie telle un edelweiss poussant
sur les cimes enneigées des montagnes. Une bourrasque de chaleur
dans son quotidien si froid, une lueur d’espoir dans son
quotidien si noir. Un Miracle dans son Enfer. Il l’avait
rapidement remarquée. Elle n’était pas spécialement belle.
Mais il y avait cet éclat dans son regard. Elle respirait la joie
de vivre. Son sourire faisait son charme. Son arme. Elle
l’avait fascinée dès le premier regard. Lorsque leurs yeux
s’étaient rivés pour la première fois, le temps s’était
suspendu. Il n’y avait alors plus qu’eux deux au monde,
seuls dans un univers fait de chaleur et de bonheur, loin du
train-train quotidien, des cris qui fusaient, des klaxons des
voitures, de cette étouffante chaleur qui écrasait la
ville.
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Elle semblait rayonner dans ce monde gris ; une
lueur éclairant la ville de sa présence. Un sourire avait fleuri
sur le visage de la jeune femme. Un sourire qu’il avait ancré
dans sa mémoire, qu’il avait souhaité garder au plus profond
de lui et ne jamais l’oublier. Parce que ce sourire,
c’était un cadeau du ciel. Cette femme avait le don de
distribuer le bonheur par un simple sourire. Où qu’elle
aille, les gens la regardaient et son sourire flottait de visage en
visage.
Jamais encore il n’avait éprouvé un tel sentiment.
Un ouragan de sensations venait balayer sa raison. Une déferlante
d’émotions venait réchauffer son cœur. Pourtant cette
femme ne le connaissait ni d’Adam, ni d’Eve. Et elle ne
le connaîtrait probablement jamais. Six milliards de personnes en
ce monde. Pourquoi lui ? Pourquoi lui aurait-il la chance de
rencontrer cette femme alors qu’il y avait tant
d’autres personnes sur cette Terre à la recherche de
l’âme sœur, de cette personne qui fera battre notre
cœur au rythme d’une double
pulsation.
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Pourtant, le hasard fit bien les choses. Son école
organisait un gala comme tous les ans. En temps normal, il aurait
refusé d’y aller. Tout ce qui était paillettes et
fanfreluches ne l’intéressait aucunement. Mais son meilleur
ami avait tellement insisté qu’il avait finalement accepté de
se déplacer pour une heure ou deux… et ne l’avait
jamais regretté.
En arrivant dans la salle, bien après l’heure
annoncée par son meilleur ami, Lucas la remarqua instantanément.
Invisible pour les autres, son aura l’aveuglait. Elle était
assise sur une chaise, le corps moulé dans une magnifique robe
blanche. Ses longs cheveux noirs tombaient en cascade sur ses
épaules. Elle riait avec ses amis, d’un rire franc et sincère
qu’il aurait aimé entendre un jour émaner de sa propre
bouche.
Pendant quelques minutes, il resta là à la contempler, ne
sachant trop bien que faire. Les gens autour de lui le
bousculaient, mais il ne s’en formalisait guère, sa vision
n’étant jamais troublée. Chaque geste qu’elle faisait
s’imprimait dans sa mémoire d’une encre
indélébile : elle remettait une mèche en place, elle changeait
la position de ses jambes, elle tournait la tête, elle plissait le
nez… Et puis, un courage, venu d’on ne sait où,
l’étreignit peu à peu et il commença à marcher en direction
de cet Ange éclatant. Chaque mètre parcouru lui semblait durer une
éternité. Et, lorsqu’il arriva devant elle, il avait
l’impression d’avoir marché deux heures. Elle
s’était à nouveau retrouvée seule, les mains croisées sur les
genoux, son pied battant la mesure. Leurs prunelles se rivèrent et
il crut qu’il allait fondre sur place. En cet instant, il
aurait souhaité se perdre dans la chaleur de sa présence, dans
l’infini de son regard, s’y noyer encore et encore et
puis tout recommencer. Sans cesser de la regarder, il
s’agenouilla devant elle et murmura avec tout le courage dont
il était capable, la détermination dont il pouvait faire
preuve :
_ Veux-tu danser ?
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